Concevoir un manuel scolaire

Expériences

 

Chaque mois de mai, ils arrivent dans vos casiers. Certains deviennent les éléments incontournables de la construction de votre cours, de votre progression, d’autres vous fournissent des documents ou des exercices à travailler dans vos classes. Vos élèves les oublient à la maison, les utilisent comme outils d’entraînement, de référence… Leur forme même évolue : le papier devient numérique, les chapitres deviennent des parcours… Mais qui sont-ils vraiment, ces manuels scolaires et comment sont-ils faits ?

Sans vouloir retracer l’évolution du manuel scolaire au fil des années, des siècles même (les éditions Hatier ont tout de même été fondées en 1880), cet article a pour ambition de vous faire découvrir de l’intérieur comment sont élaborés nos projets.

 

NOS AUTEUR.E.S

Tous nos auteur.e.s sont des enseignant.e.s. Toute l’année, les délégué.e.s pédagogiques, l’équipe marketing et les éditeurs.trices hantent les salles des professeurs, parcourent les allées des colloques, des salons et celles, plus virtuelles, de l’internet pour aller à la rencontre des enseignant.e.s. Ce travail de fourmi nous permet de mieux comprendre vos besoins, d’observer les pratiques et bien entendu de nouer des contacts qui permettront à certains d’entre vous de devenir auteur.e.s.

L’auteur.e est au centre de tout. Sans lui ou elle, pas d’idées, sans idées pas de projet donc pas de manuel. C’est dire à quel point le recrutement est une question d’importance. Plusieurs solutions coexistent : certains enseignant.e.s nous envoient des projets, des propositions de collaboration, d’autres sont « repérés » suite à un rendez-vous particulièrement motivant, à la publication d’un article, à un bouche-à-oreille sur des pratiques innovantes… Certaines équipes se montent par un système de cooptation, d’autres sont un « assemblage » de différentes compétences, diverses rencontres faites par l’éditeur.

Chaque auteur.e décide, suivant ses disponibilités, de la hauteur de l’investissement en temps, en énergie qu’il est susceptible de mettre dans le projet. En effet, participer à l’écriture d’un manuel est un véritable engagement ! Un.e coordinateur.trice (le.la directeur.trice d’ouvrage) peut épauler le travail des auteurs ; il sera l’intermédiaire privilégié entre l’équipe et l’éditeur.

 

LE PROJET

Une fois l’équipe d’auteur.e.s constituée, le travail peut démarrer. Première idée reçue à infirmer : élaborer un manuel scolaire, ce n’est pas juxtaposer des séquences qui reprennent ce qui a été préparé par un enseignant pour son cours. L’équipe met en commun ses idées pour décider des options pédagogiques du projet. L’éditeur.trice apporte des éléments d’information grâce à sa connaissance des programmes, du terrain. Il est ici épaulé par l’équipe marketing qui réalise des enquêtes « exploratoires » et des tables rondes pour tester le concept.

Lorsque tous les auteur.e.s et l’éditeur.trice se sont mis d’accord sur la direction à prendre, les intentions pédagogiques, nous passons à une phase de réflexion sur les supports : nombre de pages, type de rubriques, part du numérique. A ce moment, nous pouvons encore décider de partir sur un projet bi-média ou entièrement numérique (comme une base de données, des parcours en ligne…). C’est avant tout la forme qui servira au mieux le projet que nous devons trouver.

 

LE MANUSCRIT

Une fois le projet défini, on travaille sur une unité-type (ou un prototype pour le numérique). Elle servira de « modèle » aux autres unités tant au niveau de la maquette (l’organisation des pages) que du contenu et taille (calibrage) des rubriques. Chaque support a ses contraintes : la page, la double-page pour le papier, l’écran pour le numérique.

Le « chemin de fer » représente de façon visuelle la répartition des contenus sur les pages du manuel.

L’auteur.trice devra tenir compte de ces contraintes pratiques lorsqu’il écrit. L’éditeur.trice l’accompagne pour expliquer les principes de mise en page, de lisibilité. Il s’assure aussi de l’authenticité et l’originalité des documents proposés, de l’accessibilité du questionnement, de l’adéquation générale de la proposition avec le niveau des élèves et les attendus des programmes officiels. Il est aidé pour ce faire par les relectures croisées de toute l’équipe d’auteur.e.s, par des relecteurs.trices extérieur.e.s – eux-mêmes enseignants, et par les études marketing.

Quand le manuscrit est « validé », commence la grande aventure de la maquette / mise en page…

 

DE LA MAQUETTE A LA MISE EN PAGE

Tout d’abord, un principe de maquette est élaboré avec la direction artistique et un graphiste.  Ce principe est testé auprès des enseignant.e.s.

La maquette est un élément capital car c’est elle qui porte l’esprit du projet en assure la lisibilité. Il s’agit de trouver un juste équilibre entre la rigueur scientifique, l’attractivité et l’efficacité. En fait, la meilleure maquette est souvent celle qui se fait oublier à la lecture… Le maquettiste reprend ce principe et le décline sur l’ensemble du projet. Il devra respecter des règles incontournables de l’édition : « gouttières » suffisamment grandes entre les blocs image/texte, texte/texte, lisibilité des typos, niveaux de titres… Pour le numérique, on parlera de fluidité de navigation, de lisibilité, de compatibilité avec toutes les tailles d’écrans.

 

Le travail de mise en page se fait surtout à l’écran.

Chaque partie maquettée / mise ne page est ensuite retournée à l’édition qui, avec les auteurs, apportera ses corrections, ses propositions d’aménagement et ses coupes. Ce jeu d’aller-retour va être fait 3, 4 fois voir plus (mais nous tairons les cas extrêmes J ) jusqu’au BAT (Bon-à-tirer, expression venue du monde des imprimeurs : le dernier jeu d’épreuves ou le jeu ultime d’épreuves validé par les auteurs et éditeurs).

 

La correction des épreuves, tout un art…
 

LE RÔLE DE L’EDITION / DE L’EDITEUR.TRICE

Comme nous l’avons vu, l’éditeur.trice est déjà présent lors du recrutement, de l’élaboration du concept et de la maquette. Ensuite, il corrige les erreurs, vérifie les sources, les informations et bien plus que cela ! Il va être le garant des principes du projet, le critique (bienveillant) des propositions de l’équipe d’auteurs, le candide se mettant à la place/ dans la peau de l’élève du niveau concerné… . Il va tenir le planning du maquettiste, gérer les demandes iconographiques, s’assurer des demandes de droits pour pouvoir reproduire les photos, vidéos, documents audio dans les ouvrages papier ou numériques…

  
L’iconographie est un élément essentiel de la mise en page d’un manuel.
 

Il va également passer la commande des illustrations, des cartes, les contrôle… Bref, c’est le « chef d’orchestre » du projet. Tous les supports pressentis avançant souvent en parallèle, il devra organiser le travail de chacun pour que tous les éléments qui composent l’ouvrage soient prêts à temps et intégrés dans le dernier jeu d’épreuves qui, sous la forme d’un fichier numérique, partira chez l’imprimeur pour l’envoi des spécimens ou la mise en vente.Pour le numérique, il devra prendre en compte d’autres paramètres : référencement, tests, « jouabilité »…

Chez Hatier, nos profils sont tous différents : certains membres de l’équipe ont été enseignant.e.s, d’autres sont des « natifs », tous possèdent des diplômes des disciplines ou langues concernées, d’autres encore ont suivi le cursus « classique » des DESS et Masters d’édition.

 

LA FABRICATION / L’IMPRESSION

Quand les auteur.e.s ont validé la dernière version de la maquette, ils donnent leur feu vert pour l’envoi chez l’imprimeur (le BAT, « bon à tirer »). Pour autant, le travail n’est pas terminé : le studio de fabrication va lancer la « photogravure » c’est-à-dire l’équilibre des couleurs sur la maquette et sur chacune des illustrations et photographies. Il va ensuite « certifier » le fichier envoyé à l’imprimeur qui doit répondre à des normes très précises.

Depuis presque un an déjà, la réservation des dates d’impression et les commandes de papier ont été faites… Le fichier est envoyé. Le fabriquant va chez l’imprimeur assister à l’impression de l’ouvrage : vérifier que les directives sont respectées : niveau d’encrage, respect de la gamme chromatique, balance des couleurs...

 

EN CONCLUSION

Voici quelques chiffres qui résument ce que nous venons d’expliquer. Pour notre collection récente d’anglais collège, So English :

côté auteurs : 1 directrice de collection + 6 auteurs + 2 relectrices « natives » + 1 relectrice pédagogique

côté édition : 1 responsable éditorial + 2 éditrices par manuel/cahier + 1 correctrice + 1 chef de projet numérique

côté création : 1 directeur artistique + 2 graphistes créa + 2 maquettistes + 14 illustrateurs + 1 iconographe + 1 cartographe + 2 photographes + 2 chargés de demande de droits

côté études : 1 chargée d’études + 18 enseignants interrogés

côté promo : 1 responsable marketing + 10 délégués pédagogiques + 1 chargée de promo + 1 webmaster

Bref, une multitude de métiers et de talents pour faire aboutir un projet en une année environ…

 

Bien entendu, nous pourrions parler ensuite des camions qui livrent les ouvrages dans nos centres de distribution, de l’envoi des spécimens, des outils d’information et de la communication. L’aventure du livre ne s’arrête pas chez l’imprimeur. C’est le début d’une nouvelle aventure qui, elle, commence dans vos classes !

L’équipe éditoriale Langues vivantes