Du support authentique à la production individuelle : la création d’un post YouTube en cours de langue

Expériences

« À la fin de cette séquence, vous pourrez réaliser votre propre post sur YouTube ! »

Faire créer une vidéo par des collégiens peut sembler ambitieux mais pour l’enseignante de collège REP que je suis, c’est l’aboutissement de projets motivants qui mobilisent mes élèves de la 6° à la 3°, classes de Segpa incluses, avec un résultat qui va bien souvent au-delà de mes attentes.

Cet article montre comment faire passer nos élèves de leur position de spectateur à celle d’acteur-réalisateur de leur propre vidéo et par là-même de leurs apprentissages. Vous y trouverez des exemples éprouvés ainsi que des astuces pour lever les obstacles dans le souci d’un enseignement efficace, différencié et valorisant.

En collège, en lycée, quelle que soit la langue cible, la création d’un post de quelques minutes est une tâche finale motivante et valorisante pour nos élèves captivés par le phénomène YouTube. Cela leur permet de mobiliser les 5 compétences et de fixer les savoirs de manière efficace et durable puisqu’ils sont eux-mêmes à l’origine de leur construction.

 

Évolution de l’utilisation de la vidéo en cours de langues

Nous utilisons régulièrement la vidéo comme support car nous la savons source de motivation et porteuse d’une dimension culturelle authentique, ce qui facilite l’adhésion de nos élèves.

Le phénomène YouTube a largement contribué au développement de l’utilisation de la vidéo en cours de langue. L’image, la musique, les effets ajoutés au montage sont particulièrement attractifs pour nos élèves et les aident à franchir plus aisément la barrière de la langue. Pour nous, YouTube constitue un vivier de documents authentiques, sans cesse renouvelés et qui font partie de l’univers de nos ados. Autour d’un même thème, les posts se déclinent dans un éventail si large que nous n’avons aucun problème à renvoyer nos élèves vers telle ou telle vidéo selon les objectifs visés. Ce média nous permet d’augmenter l’exposition à la langue de nos élèves qui se plaisent à visionner et commenter ces posts en dehors des cours.

Mais YouTube nous permet aussi de faire passer nos élèves de l’autre côté du miroir. Une fois le support authentique exploité, YouTube leur offre la possibilité de créer et diffuser leurs propres contenus.

 

Création d’une vidéo

Ce qui peut sembler être un défi ambitieux est en fait tout à fait accessible si l'on cible les différentes compétences de nos élèves.

 

Objectifs

Pour nous, enseignants, création de vidéo rime avec construction des apprentissages. Cela nous permet de faire travailler un maximum de compétences (compréhension du document support, compétence culturelle, mobilisation des outils linguistiques, organisation et rédaction du script, oral en interaction, production orale et mise en voix du discours...), de solliciter concrètement et de développer les compétences TICE de nos élèves et surtout de les éduquer à l’image. Il ne s’agit pas de mettre nos élèves face à n’importe quel type de vidéo circulant sur YouTube et avant toute création, un regard critique sera posé par les élèves sur le document support.

De façon plus modeste, ces posts permettent de « rebrasser sans lasser » comme l’implique l’enseignement spiralaire. C’est une façon de faire retravailler une même notion linguistique d’une manière innovante et adaptée à l’âge des élèves. Prenons l’exemple des posts «DRAW MY LIFE» qui abondent sur YouTube. Il s’agit en fait de revoir comment parler de soi et de ses goûts mais aucun de mes élèves de troisième n’a l’impression de refaire ce qui a été fait les années précédentes. Il en va de même pour le matériel et le temps scolaire avec les vidéos « Locker organization 1  2 »ou encore la description de son quotidien via les posts « My Morning Routine 1 » 2. La vidéo support sert d’entrée culturelle authentique et de tremplin à la création d’un post et peut être envisagée à n’importe quel niveau à condition d’adapter nos exigences.

Pour nos élèves, ces productions facilitent la mémorisation et la fixation des savoirs. Peu d’entre eux oublieront la vidéo qu’ils ont créée. La mobilisation des éléments linguistiques utiles, la nécessité d’être compris, la répétition obligatoire avant un résultat final satisfaisant permettent une construction solide et durable parce qu’ils en sont à l’origine. On retient ce que l’on a eu plaisir à construire.

 

Avantages

Pour nos élèves plus ou moins « anglophobes », la création d’une vidéo permet de dépasser le blocage linguistique ; l’écran fait tomber les inhibitions inhérentes à la prise de parole en classe, en particulier au cœur de l’adolescence. En faisant appel à la créativité de nos élèves et en reconnaissant ouvertement que leurs talents divers sont des atouts, chacun est mis en position de réussite. Tel élève doué en informatique, en montage vidéo ou en écriture de scénario pourra se retrouver tuteur de plusieurs camarades ou responsable de cet aspect si la vidéo est réalisée en groupe alors que tel autre se verra confier une responsabilité différente en fonction de ses compétences ou des compétences que nous souhaitons lui faire travailler. Dans ce type de tâche, la différenciation va de soi et favorise l’autonomie au sein du groupe-classe.

De l’expérience que j’ai pu en faire, la création d’une vidéo s’avère être une tâche finale parfaite pour un projet interdisciplinaire comme par exemple le projet « Booktube » mené avec un professeur de français et dont vous trouverez le descriptif sur le site de l’académie d’Aix Marseille. Il s’agit de posts contenant la critique littéraire d’un ouvrage choisi par l’élève et filmé dans un cadre chaleureux et personnel.

 

Et techniquement?... sécurité, outils et astuces

Le droit à l’image. – Avant chaque projet impliquant le recours à la vidéo, même si l’image de l’élève n’apparaît pas, je prends soin d’en informer les parents par document écrit précisant les dates de début et fin du projet, les contenus et objectifs ainsi que les modalités de diffusion(type de doc, durée, site, modalités d’accès). Ce document doit être retourné signé et contenir leur autorisation ainsi que celle de l’élève. À tout moment, l’élève ou ses parents sont autorisés à demander le retrait du document.

Comment rendre nos élèves réalisateurs. – De nombreux logiciels de montage vidéo gratuits existent. Le plus simple, avec un minimum de fonctions (vidéo/ audio / découpage/ publication sur YouTube), est VideoLAN Movie Creator. Pour des montages plus élaborés, OpenShot Video Editor ou Windows Movie Maker par exemple peuvent être installés sur le réseau de l’établissement afin que les élèves y aient accès depuis le CDI, la salle multimédia, la classe, pour faciliter la prise en main, puis chez eux pour finaliser leur projet. Mais c’est l’appli PowerDirector pour smartphones et tablettes que préfèrent les élèves.

Le déroulement type d’un projet aboutissant à la création d’un post. – Ma façon de procéder est très simple :

1. Un post authentique trouvé sur YouTube est étudié en classe entière selon les objectifs définis en amont. Ex. 1 : « DML » ; Ex. : « Booktube »

2. Les élèves sont amenés à visionner et étudier d’autres vidéos du même type chez eux afin d’en rendre compte à la classe au cours suivant. 1 2a 2b

3. Les mêmes vidéos sont ensuite étudiées en groupe. Chaque groupe doit y relever des éléments formels ou linguistiques selon la catégorie qui lui a été confiée (comment « commencer sa vidéo », « exprimer ses goûts », ... ).

4. Chaque groupe fait part au reste de la classe des informations relevées et une carte mentale est constituée. L’objectif est de leur faire construire leur propre boîte à outils, outils qui feront l’objet d’un travail linguistique/phonologique et serviront à la réalisation de leur vidéo. 1 2

5. Une séance est organisée afin de permettre aux élèves tuteurs de former leurs camarades au montage vidéo.

6. La vidéo est réalisée en classe ou à la maison. 1 2a 2b

 

Et après?

Après, il faut valoriser les productions et faire éprouver à nos élèves la fierté d’avoir créé eux-mêmes une réalisation concrète qu’ils peuvent montrer et diffuser au sein de la classe, de l’établissement lors d’un événement particulier, sur le site du collège, et évidemment sur YouTube.

Plusieurs sites permettent d’héberger facilement et rapidement les vidéos : YouTube, Dailymotion, Viméo. Pour héberger un post sur YouTube avec un accès restreint, il suffit d’avoir un compte gmail et de l’utiliser pour SE CONNECTER (en haut à droite), ensuite il faut cliquer sur la flèche qui pointe vers le haut pour mettre sa vidéo en ligne. Sélectionnez l’option « non répertoriée » afin que la vidéo ne soit accessible qu’aux élèves de votre choix par le biais du lien internet qui s’affiche à la fin du téléversement et que vous leur communiquerez. Voilà tout ! Le site offre aussi la possibilité d’autoriser ou de bloquer les likes et les commentaires. La démarche est simple : aller dans « ma chaîne », sélectionner la vidéo concernée, cliquer sur « paramètres avancés » et cocher ou décocher ces options. On peut par exemple exiger des élèves de commenter en langue cible les vidéos de leurs camarades tout en gardant le contrôle du contenu des commentaires et éviter les écarts. Personnellement, j’ai l’habitude de les autoriser sur une durée limitée et avec des consignes strictes.

La boucle est bouclée lorsque la production devient support à son tour. Elle peut devenir support de travail pour une autre classe de l’établissement ou mieux encore devenir document authentique pour leurs correspondants.

J’ai pu faire l’expérience auprès de publics difficiles de l’efficacité avérée des tâches les amenant à produire, créer, concevoir eux-mêmes une œuvre leur redonnant ainsi goût de l’effort et fierté face à leur réalisation.

Quelle que soit la production finale attendue, c’est en exploitant la créativité de nos élèves et en les mettant au cœur de projets ambitieux que nous donnons un sens aux apprentissages.

par Christelle Rosa

Professeur agrégée d’anglais au collège René Cassin, Tarascon

Membre du groupe d’enseignants-ressources de l’Académie Aix-Marseille