La différenciation en classe de langue : pistes de réflexion

Pédagogie

POURQUOI DIFFÉRENCIER ?

Nous faisons tous de la différenciation en classe pour aider nos élèves à progresser, de manière naturelle et instinctive… Nous entendons beaucoup parler d’inclusion, de classe inversée, de cours décentrés : l’objectif est toujours le même, réfléchir et trouver des solutions pour faire progresser chaque élève d’un point A à un point B, en respectant son niveau de départ, en respectant l’unicité de chacun.

 

CE QUI M’A POUSSÉE À ALLER PLUS LOIN…

• Les constats que nous faisons chaque jour dans nos classes, en particulier (mais pas seulement) dans des établissements REP, où le niveau des élèves est vraiment très hétérogène.

• La réforme du collège et l’arrivée des tablettes au collège, qui permettent une nouvelle organisation des activités dans la classe.

• Les pays scandinaves ! Il est inspirant de voir là-bas la grande autonomie des élèves, qui donne plus de liberté à l’enfant et plus de flexibilité au professeur, dans la mise en œuvre du cours.

 

DIFFÉRENCIER COMMENT ?

Petit rappel des multiples façons de différencier

On peut adapter les supports de compréhension, les aides apportées, les rôles donnés à chacun, le temps accordé aux activités, les modalités (seul, en binôme, en groupe, en classe), l’organisation dans l’espace de la classe, etc.

• Les supports : choisir 2 documents différents ou 1 même document et l’adapter (un texte brut, un texte didactisé et simplifié, une vidéo brute, une vidéo ralentie) ; on peut varier aussi la quantité de documents que les élèves doivent étudier.

• Les aides : distribuer une fiche d’aide différente selon les élèves ou une fiche d’aide seulement aux quelques élèves qui en ont besoin.

• Le temps accordé : être flexible et trouver le moyen pour que chacun puisse travailler à son rythme et prendre plus ou moins de temps sur une activité, selon ses besoins. Les tablettes nous aident ici : au lieu de proposer un document à toute la classe, avec un rythme collectif, on peut proposer un document à chaque élève, à étudier à son rythme.

• L’espace : reste-t-on à sa table ou peut-on imaginer une autre organisation de l’espace selon les activités ? Réunir les élèves qui ont besoin d’explications supplémentaires autour du professeur ou du co-enseignant ; réunir les élèves parfaitement autonomes autour d’une table.

 

Différencier en toute transparence

Il est essentiel d’impliquer les élèves dans notre mise en œuvre différenciée des activités. Ils sont conscients qu’il existe des différences entre eux et sont plutôt rassurés qu’on en tienne compte. Les laisser s’exprimer et choisir le niveau de difficulté d’un document, sans oublier que notre rôle est aussi de les « pousser » à se dépasser.

 

DEUX EXEMPLES D’ACTIVITÉS QUOTIDIENNES QUI PERMETTENT DE DIFFÉRENCIER

• Mémorisation active de la trace écrite

C’est une activité classique toujours très efficace. À la fin de la rédaction collective de la trace écrite, les élèves répètent les phrases. On efface les mots importants de la phrase 1, et les élèves doivent retrouver et répéter la phrase. Puis on efface des mots dans la phrase 2, et ainsi de suite. Cette phase offre un temps de mémorisation différencié, les élèves moins à l’aise peuvent répéter des phrases seules, les élèves plus à l’aise peuvent retrouver plusieurs phrases, voire la trace écrite en entier !

Dynamic circles

C’est une activité observée dans une école norvégienne. Les élèves se lèvent et forment deux cercles, un cercle intérieur et un cercle extérieur, chaque élève faisant face à un camarade. Le professeur tape dans les mains et les élèves doivent entamer une conversation en anglais, sur un thème donné. Quand le professeur tape à nouveau dans les mains, les élèves du cercle extérieur se déplacent, afin de faire face à un nouveau camarade et ainsi de suite. Le professeur passe et écoute les élèves, afin de faire un petit retour à la fin de l’activité. Les élèves moins à l’aise peuvent s’approprier les phrases des élèves plus à l’aise, à force de les entendre dans les cercles.

 

CAS PRATIQUE

Niveau 3e : séquence sur l’Afrique du Sud et le film Invictus

Tâche finale orale : créer un podcast audio sur le film, qui sera posté sur le blog des langues du collège, afin de faire découvrir le film aux autres élèves (et adultes) du collège !

Séances 1, 2 et 3 : travail en groupes d’experts (activité observée en Norvège).

Objectif culturel : découvrir l’Afrique du Sud, le personnage de Nelson Mandela, l’Apartheid (avant d’étudier le film Invictus).

Supports : on utilise 3 mêmes supports (un article, une vidéo et des photos) mais chaque élève d’un même îlot (4 membres) doit y trouver des informations différentes, en fonction de son niveau :

Repères géographiques = niveau A2

Informations de base sur le personnage de Nelson Mandela = niveau A2+

Définitions (l’Apartheid, l’ANC) = niveau tend vers B1

Dates marquantes de l’histoire = niveau tend vers B1

On peut attribuer un niveau aux élèves ou leur laisser le choix, s’ils ont déjà l’habitude de se positionner, sans oublier de pousser certains élèves qui se sous-estimeraient à choisir un niveau qui leur corresponde réellement.

Matériel : la vidéo et les images sont déposés sur un Padlet, les élèves y ont accès sur les tablettes. L’article est déposé sur les tables, en version papier.

 

Mise en œuvre

Séance 1

• Solo (25 minutes)

Chaque élève travaille en autonomie sur les différents documents afin d’essayer de répondre aux questions.

C’est ici que les tablettes sont un outil très précieux en matière de différenciation : elles permettent aux élèves de regarder la vidéo autant de fois que nécessaire, et à leur rythme.

Afin de motiver les élèves à entrer dans l’activité le plus sérieusement possible, je les préviens toujours de l’enjeu en amont : « Vous allez avoir besoin des réponses de chacun pour pouvoir jouer à un jeu avec toute la classe (et gagner !), mais aussi pour un test de connaissances. »

Le co-enseignement est un deuxième outil très précieux pour la différenciation. Ici, on peut identifier un petit groupe d’élèves qui auraient des difficultés à se lancer dans l’activité en autonomie. On les invite à s’asseoir autour du co-enseignant, qui les guide dans leur analyse des documents (rappels méthodologiques) et des questions. Quand les élèves sont prêts, ils peuvent rejoindre leur groupe.

• Groupes d’experts (10 minutes)

Tous les élèves ayant travaillé sur un même thème se retrouvent par groupe d’experts, dans les quatre coins de la salle, afin de mettre en commun leurs réponses. Le but est que chacun soit rassuré et ait des choses à dire au moment de la mise en commun.

Il est important de choisir un leader pour chaque groupe, qui va gérer les prises de parole de chacun.

 

Séance 2

Les élèves se retrouvent dans leur îlot d’origine et vont jouer à un jeu (quiz) avec toute la classe afin de mettre en commun les réponses. Chaque élève du groupe a un rôle important à jouer car il est le seul à pouvoir apporter certaines réponses, dont tous ont besoin.

Cette phase permet la mise en commun mais aussi la mémorisation des informations culturelles à retenir.

• Devoirs à la maison

Le test de connaissances qui suit peut être préparé.

J’ai pu constater que les élèves apprenaient mieux quand ce sont eux qui choisissent quelles informations ils vont devoir retenir. On peut leur dire par exemple : « Vous allez choisir 10 informations, au moins 2 dans chaque thème. » Pour motiver ceux qui sont le plus à l’aise, on peut proposer un bonus s’ils choisissent plus d’informations ou des informations plus complexes.

 

Séance 3

Dernier temps de révision accordé aux élèves avant le test (5 minutes).

Test culturel (15 minutes), avant de passer à l’étude du film.

 

Auteure :

Aurore BEHRA-WACK, Professeure d’anglais au collège Michel Servet, Annemasse (74)