La littérature en classe de langue au collège, une partie de plaisir ?

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Pourquoi la littérature en classe de langue ?

Nous vivons au cœur d’une société dans laquelle une majorité d’informations est diffusée par écrit. Ainsi, nos élèves passent plusieurs heures par jour à lire. Mais que lisent-ils ? De nombreux enseignants et parents s’accordent sur le fait que la littérature se trouve rarement en première position… Cet éloignement inhibe parfois les enseignants de classe de langue qui n’osent pas proposer à leurs élèves des extraits littéraires de peur que ces derniers n’y trouvent que peu d’intérêt.

Pourtant, il existe dans le monde anglophone une véritable culture de la littérature jeunesse. Nous pouvons en profiter ! Le succès, littéraire comme cinématographique, de Harry Potter n’est plus à démontrer. Si l’on prend également en compte la littérature dite classique, de nombreux titres nous viennent à l’esprit. Quel enfant français ignore le personnage de Gulliver ? L’œuvre romanesque et satirique de Jonathan Swift du XVIIIe siècle a traversé les âges et les cultures. L’île au trésor (Treasure Island) de Robert Stevenson fait encore rêver les petits comme les grands alors qu’il fut publié au siècle suivant. Même Walt Disney a su tirer parti de la popularité de cette littérature avec, par exemple, l’adaptation de Alice au pays des merveilles et de nombreux contes.

Ces indéniables succès doivent nous pousser à diversifier nos supports de réception en intégrant la littérature. Le BO n°11 du 26/11/2015, qui encadre les enseignements des cycles 3 et 4, accorde une place non négligeable à la découverte de la littérature étrangère. Au cycle 3, le troisième axe de connaissances culturelles est l’imaginaire. Quant au cycle 4, 2 thèmes culturels sur un total de 4 intègrent la littérature. Il s’agit de « langages » et de « voyages et migrations ». Il ne faut pas attendre que nos élèves suivent l’enseignement de Littérature en langue étrangère au cycle terminal littéraire pour introduire les bases. Une compétence se construit progressivement ; il est dommage de priver nos élèves d’un type de support écrit sous prétexte qu’il ne susciterait pas l’enthousiasme.

 

Ne pas se priver mais adapter les attentes

L’enseignement d’une langue vivante étrangère s’est longtemps inscrit dans une « tradition de niveau », c’est-à-dire qu’à un niveau donné correspondait un type de texte déterminé. Dans cette logique, un texte était identifié comme correspondant à une classe et il était bloqué dans cette unique utilisation. L’idée qu’un même support écrit puisse être exploité à différents niveaux du CECRL est encore récente. Bien souvent, les enseignants n’osent pas utiliser un même document de réception pour des niveaux différents. Pourtant, ils bénéficient d’un cadre très large et d’une richesse de supports littéraires qui leur offrent des possibilités multiples. Utiliser cette liberté n’est pas une façon de fuir ses responsabilités en minimisant le temps de recherche et de sélection des supports. Il s’agit plutôt d’élargir son champ de recherche tout en modulant nos attentes concernant le degré de compréhension que l’on fixe en fonction des capacités de nos élèves. En effet, ils sont en mesure de travailler sur des extraits littéraires si nous les y préparons.

Pour cela, il est important de progressivement mettre en place des stratégies de lecture. Que faire face à un texte ? Quelles actions permettront aux élèves d’y rentrer ? Quel élément facilitateur mettra les élèves en activité ? Comment compenser les difficultés des élèves ?

Pour que nos élèves puissent lire, ils ont besoin d’un enjeu. Lire pour quoi ? Et surtout, lire pour faire quoi ? La notion de plaisir seule ne suffit pas. Lire un texte pour être capable d’inventer la suite ou au contraire pour imaginer les différentes actions qui, en amont, ont pu mener à cet extrait, pour classer ce texte, pour repérer des éléments communs aux textes qui appartiennent au même genre, etc. La liste n’est pas exhaustive. L’enjeu de la lecture dépend de notre tâche finale ainsi que du rôle que l’enseignant a donné au document au sein de sa séquence. La notion de plaisir pourra ensuite être un tremplin à la production sur l’expression de ses goûts ou de son ressenti selon l’âge et le niveau des élèves. La lecture plaisir peut être celle qui vérifie si la suite imaginée correspond à la suite de l’œuvre par exemple.

Il ne peut y avoir de plaisir si le défi à relever est trop impressionnant ou trop exigeant. Nos élèves s’affolent face à un texte car ils ont davantage l’habitude de lire quelques phrases plutôt qu’un paragraphe organisé. Il est important de les rassurer en leur proposant d’une part des activités facilement réalisables leur permettant de rentrer dans le texte et d’autre part, des aides pour compenser leurs difficultés éventuelles, c’est-à-dire en différenciant l’enseignement. Il peut s’agir de proposer des aides lexicales, d’ajouter une activité de repérage, voire de guider l’organisation d’une production. Le but étant que nos élèves les plus faibles soient en mesure de comprendre le texte à un niveau que nous avons préalablement déterminé et de produire en utilisant leur lecture.

 

Exemple d’activité de production : concours d’écriture créative

Organisation

Le collège au sein duquel j’enseigne organise chaque année depuis 4 ans un concours d’écriture créative avec le lycée du secteur. Tous les élèves de 3e rédigent un texte en prenant en compte un incipit, bref mais large, imposé. Ils ont environ deux mois pour effectuer ce travail à la maison. Afin de compenser l’absence d’aide pour certains élèves, l’équipe enseignante de langue leur propose de leur remettre un brouillon. Il ne s’agit pas alors de souligner et de corriger les fautes de langue mais bien de donner des conseils et de poser des questions pour les amener à améliorer leur production. Comment se passe le concours ? La sélection des textes s’effectue en plusieurs étapes :

  • Pré-sélection des meilleures productions anonymes par les élèves de même niveau mais d’une autre classe à l’aide d’une grille de lecture.
  • Les enseignants intègrent éventuellement des productions qu’ils ont particulièrement appréciées mais qui n’ont pas été retenues par les élèves.
  • Les productions sélectionnées sont transmises au lycée de secteur.
  • Des lycéens de cycle terminal lisent et classent les 10 meilleures productions à l’aide d’une grille de lecture.

Le concours s’achève avec une remise des prix : les 10 meilleurs reçoivent un diplôme signé des deux chefs d’établissement (collège et lycée). Les 4 premiers sont récompensés avec un bon d’achat financé par le FSE du collège.

L’organisation collège/lycée fonctionne facilement et a pour mérite de rapprocher 2 établissements n’appartenant pas au même cycle. Il est également envisageable de transposer cette organisation sur le modèle école/collège ou à l’intérieur d’un même établissement en jouant sur les niveaux. Tout est envisageable si l’on est en mesure d’adapter et de moduler ses objectifs.

 

Besoins et prérequis

Afin que l’ensemble des élèves soient capables de produire un texte qui a du sens et qui respecte l’incipit imposé, il est important de proposer en amont une séquence qui aura comme tâche finale une écriture créative. Ce sera l’occasion de travailler les besoins langagiers d’une telle production comme le prétérit simple, le lexique des sentiments ou les connecteurs logiques propres au récit. L’étude d’extraits qui mène à cette tâche finale pourra apporter des exemples dont nos élèves s’inspireront s’ils en ressentent le besoin. Il est important de fournir aux élèves non seulement de la matière mais également des opportunités avec des tâches réalisables afin de les mettre en confiance pour ce type d’exercice.

Il faut aussi prendre en considération l’équipe de la langue qui gère le concours et les productions des élèves. Organiser un concours sur tout un niveau ne présente pas de difficultés majeures mais implique d’uniformiser les conditions et les attentes. Créer une fiche méthode en équipe ainsi qu’une grille d’évaluation pour les enseignants et une autre pour les élèves permet de clarifier les points indispensables. Ce travail peut être facilement effectué lors des journées de fin d’année ou pendant la pré-rentrée. Il se fait rapidement car l’ensemble des collègues utilise déjà des grilles d’évaluation et même si elles sont conçues pour un usage individuel, les éléments principaux sont communs.

 

Bénéfices

Ce type de projet permet de rapprocher les collègues d’une même équipe mais aussi d’un même secteur qui exercent dans des établissements différents. Ainsi, l’échange sur nos pratiques s’en retrouve facilité.

Pour nos élèves, c’est l’occasion, souvent unique dans l’année, de travailler autrement. Le but n’est pas simplement de s’exprimer dans une langue riche des objectifs récemment travaillés en classe mais aussi et surtout, d’écrire une histoire qui soit agréable à lire et qui plaise au lecteur. D’ailleurs, les vainqueurs ne sont pas toujours les élèves excellents et les élèves en difficultés se retrouvent davantage motivés car ils ont leur chance. Tout n’est pas joué d’avance. De plus, lors du processus de sélection, les élèves lisent et s’impliquent réellement. Ils connaissent les enjeux et prennent leur rôle très au sérieux.

Certains enseignants craignent que les travaux rendus par les élèves ne soient pas le fruit de leur propre travail. Comme ils rédigent leur texte à la maison, toutes les aides dont ils peuvent bénéficier influencent leur production. Pourtant, nous devrions encourager nos élèves à travailler sans nous afin qu’ils gagnent en autonomie. Nous devrions nous réjouir qu’ils demandent de l’aide à un membre de leur foyer pour réaliser leur travail. Cela montre qu’ils le prennent très au sérieux. S’ils vont chercher les mots dont ils ont besoin, cela est bénéfique pour l’enrichissement de leur répertoire. Enfin, lorsque c’est effectivement un parent qui rédige l’intégralité ou presque d’une production, le résultat est souvent éloigné de l’univers d’un élève. Ce type de production, extrêmement rare, n’a pour l’instant jamais remporté le moindre prix.

 

Conclusion

La littérature constitue un outil indispensable pour développer les compétences de réception et de production. Il s’agit d’une source de supports qui ne doit pas être mise de côté à la fois pour des raisons linguistiques mais aussi culturelles. Éloigner la littérature de notre enseignement, c’est participer au désintérêt de certains de nos élèves pour ce type de textes. Tout texte littéraire peut être étudié à plusieurs niveaux si l’on garde à l’esprit qu’en lisant pour agir, nos élèves finiront par lire pour le plaisir. Ce partage et cette nouvelle motivation leur ouvriront de nouveaux horizons tant à l’école qu’en dehors

 

Sur l'auteure :

Lucie Masqueliez

Professeure d’anglais au collège Plan Menu de Coublevie (38)

Intervenante lors des JDI sur la réforme du collège

Coordonnatrice du concours d’écriture entre le collège Plan Menu et le LPO E. Herriot de Voiron (38)