Le projet CUP SONG : un témoignage de Stéven Huitorel (collège Jean Monet de Broons - 22)

Pédagogie

Dans un récent article du café pédagogique, Stéven Huitorel affirmait « Il faut rester humble sur les apprentissages en anglais ». Cette phrase seule pourrait résumer son approche. Humble, pragmatique certes mais au combien innovant car Stéven Huitorel est Huito – le pseudo qu’il utilise pour ses tutoriels « youtube » (https://www.youtube.com/user/LesTutosdeHuito) qui permettent à ses élèves décrocheurs de reprendre leurs bases et dépassent aujourd’hui les 80 000 vues…

Enseignant au collège Jean Monet de Broons (22) et donnant également des cours à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, Stéven Huitorel expérimente tout azimut : Ipad, projets interdisciplinaires…
Il nous livre aujourd’hui son témoignage sur le projet CUP SONG qu’il a mené en 2014 avec ses élèves de collège.

 

L’origine du projet

  Deux événements distincts ont contribué à la naissance du projet du collège Jean Monnet Broons :
En premier lieu, au mois de juin 2013, lors du spectacle de fin d’année, quelques élèves ont interprété une chanson tirée du film américain « Pitch Perfect », mêlant chant et chorégraphie rythmée au son d’un gobelet en plastique. La réaction du public a été unanime, et l’idée a commencé à germer.
Dans un deuxième temps, j’ai souhaité créer un événement fédérateur, capable de mobiliser tout un niveau, qui associerait langue anglaise et musique.  Suite au visionnage de quelques clips Cup song sur le web, l’idée a été lancée avant les vacances de la Toussaint.

 

Les étapes

  La première étape a été, en étroite collaboration avec le professeur d’Art Plastique, de créer un logo Cup song propre au collège Jean Monnet, une sorte d’icône reconnaissable et qui permettrait à chaque élève d’adhérer au projet - un signe d’appartenance en somme. Une fois réalisé, nous avons poussé l’idée plus loin, en décidant de l’imprimer sur des gobelets en plastique colorés (6 couleurs différentes pour des raisons esthétiques), au dos desquels nous avons imprimé le nom des 105 élèves participants à l’aventure. (Voir le logo ci-dessus.) Nous souhaitions qu’une fois le projet terminé, chaque élève puisse conserver son gobelet, en guise de souvenir.
Une fois les gobelets imprimés, les répétitions ont commencé, de deux manières différentes. Le professeur d’Education musicale a entraîné les élèves pendant ses cours, et j’ai moi-même, en tant que professeur d’anglais, prolongé les répétitions hors temps de classe, sur les heures de permanence des élèves, à raison de deux heures par semaine et par classe. L’objectif était, en particulier, de gagner en synchronisation, et surtout de refreiner la tendance naturelle des élèves à accélérer le tempo.
Ensuite est venu le temps de l’apprentissage de la mélodie du refrain, en insistant tout particulièrement sur la prononciation et l’accentuation des paroles en anglais. Cette étape a à nouveau été réalisée par moi-même et mon collègue.
Enfin, nous avons doucement amené les élèves à reproduire la percussion avec les gobelets, tout en chantant le refrain simultanément. Ce fut l’aspect le plus difficile du projet, car il a demandé beaucoup d’entrainement et de coordination.  

 

L’enregistrement

  La semaine précédant les vacances de Noël, les choses se sont accélérées.
En tant que musicien amateur dans ma vie personnelle, j’ai apporté mon propre matériel d’enregistrement au collège et  la confection de la maquette audio a pu commencer. Sur un enregistreur numérique multipiste ont pu être enregistrées les prises guitare, piano, basse et enfin les chants des trois solistes. L’ensemble des instruments et des voix ont été interprétés par les élèves eux-mêmes et enregistrés et mixés par mes soins.
Ce pilote audio allait servir de base le jour de l’enregistrement du clip vidéo, quelques jours plus tard.
Le vendredi précédant les vacances de Noël, les prises de vue ont été réalisées pendant l’après-midi.
Nous avons dans un premier temps enregistré les chœurs des 105 élèves, puis dans un deuxième temps, filmé les percussions des gobelets. La réalisation du clip a été pensée en amont : j’ai réalisé un storyboard détaillé, choisi les meilleurs plans possibles en fonction du lieu de tournage, arrangé la narration du clip, et géré l’organisation technique : caméras et travelling ont été réalisés  grâce à un chariot de cantine sur lequel ont été fixées des caméras, créant ainsi des mouvements fluides. N’ayant pratiquement aucun moyen financier, il a fallu faire preuve de réactivité, d’imagination et de créativité.

De même, pour nous démarquer des projets existants, nous avions la volonté de ne pas filmer le clip comme un documentaire, mais plutôt, de scénariser le projet. D’où l’idée de raconter l’histoire de cette jeune fille, qui commence à jouer le rythme seule dans ce grand hall, et qui petit à petit se retrouve entourée d’une centaine de jeunes comme elle, et d’un groupe de musique, pour finalement ouvrir les yeux et se retrouver à nouveau seule. Libre au spectateur d’interpréter : était-ce un rêve, la réalité, une volonté d’ouverture, un fantasme ? Il est clair que le texte anglais « When I’m gone, you’re gonna miss me when I’m gone » prend tout son sens.
À ce propos, le choix de l’actrice principale n’a pas été difficile à faire. En effet, le jour où les élèves ont reçu leurs gobelets colorés, avec leurs noms inscrits au dos, l’excitation était vraiment forte. Malgré tout, une élève s’est rapidement manifestée, la mort dans l’âme, en nous apprenant que son nom avait été oublié. J’étais dans l’incapacité de réparer cette erreur, essentiellement par manque de temps. Il a donc à nouveau fallu faire preuve de réactivité pour ne pas gâcher le moment. Afin de réparer l’injustice, l’élève en question a donc été invitée à jouer le rôle principal dans le clip, rôle qu’elle a immédiatement accepté et endossé avec beaucoup de sérieux.
Le montage été réalisé par mes soins avec l’aide précieuse de mon collègue d’Art Plastique, pendant les vacances de Noël.  

 

L’accueil

  Dès les premières heures qui ont suivi la mise en ligne sur la plateforme Youtube,  l’accueil de la vidéo a été au-delà de nos espérances. La fierté des élèves était palpable, tout comme l’engouement des autres niveaux et de l’ensemble des personnels de l’établissement ainsi que des parents d’élèves.
Au-delà de tout cela, c’est surtout le fait d’avoir participé à un projet commun, enthousiasmant, et concret qui donne à cette initiative tout son sens.
Certains élèves d’habitude réticents à tout apprentissage, et peu motivés au départ, ont totalement changé d’attitude au fur et à mesure de l’avancement du projet.
Une confiance réciproque s’est installée entre professeurs et élèves, le projet a sans doute contribué à faire émerger un certain sens de l’identité collégienne.
Qui plus est, l’ensemble des élèves a participé le mois suivant à un voyage à Londres d’une semaine, prévu de longue date. Les conditions étaient réunies pour que ce séjour soit une réussite humaine, pédagogique et culturelle.
Dans les mois qui ont suivi la mise en ligne de la vidéo, les vues n’ont cessé de croître, à tel point que très rapidement, les 100 000 vues ont été dépassées. De nombreux messages d’encouragements et de félicitations ont été publiés, du monde entier. Et s’il y avait une anecdote à retenir, c’est bien le jour où, avec l’une de mes classes, je me suis connecté sur le compte Youtube créé pour l’occasion : en cliquant sur l’onglet « analytics », une carte du monde s’est affichée, en montrant tous les pays dans lesquels la vidéo avait été visionnée. Ce qui devait être un tout petit projet, dans un petit collège de Bretagne, avait finalement pris corps et s’était, grâce à Internet, exporté dans plus de 150 pays à travers le monde. La simple idée que le travail et l’investissement de quelques élèves de 3èmes puissent avoir traversé autant de frontières, était simplement difficile à croire pour des adolescents de 15 ans. La joie et la fierté dans leurs yeux ce jour-là n’avaient pas de prix.
A Broons, le 9 mars 2015  

 

Clip video 

Avec les 105 élèves du collège : https://www.youtube.com/watch?v=a5NVO6yO3KE  

Une version acoustique a été réalisée quelques mois plus tard, interprétée par moi –même et les trois chanteuses du clip original. Il est disponible en cliquant sur ce lien : https://www.youtube.com/watch?v=l7KjNayrArQ