Le travail en îlots en classe de langues

Pédagogie

 

La communication entre élèves, et ce de la façon la plus authentique possible, est un des enjeux majeurs de la classe de langue. Le professeur doit savoir renoncer aux échanges systématiques entre lui et l’élève et au questionnement direct très guidé, qui tend à vérifier si l’élève a compris et qui ne lui laisse aucune autonomie. Il doit leur donner la parole, leur laisser l’initiative, après avoir défini un cadre très précis bien sûr. D’autre part, il faut aussi chercher à rendre l’élève acteur. Certes, l’approche actionnelle y contribue mais souvent de manière trop ponctuelle en cours ou en fin de séquence. Les activités en binôme ou en groupe sont certes des instants de communication entre apprenants, mais elles revêtent trop souvent un aspect très artificiel, très guidé dont les élèves ne sont pas dupes. Contrôler ce que font tous les groupes est difficile et l’activité est parfois vite avortée et se transforme en échanges en français.

Si l’on veut éviter ces écueils, il faut que ce type d’activités entre dans le fonctionnement, la routine de la classe. Les échanges entre élèves doivent devenir courants, naturels.
La disposition des tables en îlots est un moyen très efficace pour y parvenir. On constitue alors des équipes réparties en îlots qui sont amenées à communiquer entre elles. Mais la communication en langue étrangère à l’intérieur de l’équipe elle-même doit aussi être très active. On installe ainsi des habitudes de travail collaboratif, de coopération, d’entraide mais aussi parfois de saine rivalité, de compétition qui manquent trop souvent dans les dispositions de classe « classiques ».

Il est évident que ce type de dispositif n’est possible qu’avec des effectifs « raisonnables » (difficile au-delà de 30 élèves) et des salles de classes suffisamment spacieuses.

 

Constitution des îlots

La constitution des îlots n’est pas rigide et peut varier selon les séquences, voire les séances. Il est bien sûr préférable qu’ils soient hétérogènes car les élèves plus en difficulté seront naturellement aidés par ceux qui sont plus à l’aise. Les équipes peuvent être modifiées selon les tâches à accomplir et on peut parfois revenir à des moments plus « frontaux » lorsque le professeur veut reprendre la main.

Certains proposent de laisser les élèves se réunir par affinité. Cette démarche risque de mener à des équipes plus ou moins homogènes et à l’exclusion systématique de certains élèves relégués dans une équipe de « mal aimés ». Il est donc préférable que le professeur décide lui-même de la constitution des équipes, ce qui contribuera à mieux intégrer ces élèves qui se trouvent parfois à la marge.

 

Positionnement du professeur

Lorsque les équipes travaillent en autonomie, le professeur devient un chef d’orchestre qui doit laisser chaque équipe en « autogestion » dans le cadre d’une tâche clairement définie auparavant. Sa présence doit être discrète ; il reste certes disponible pour venir en aide aux élèves en difficulté, mais cette aide doit avant tout venir des autres élèves dans le cadre de l’entraide à l’intérieur de leur îlot.

Lors des phases de travail en groupe, il ne faut pas craindre le bruit qui est alors très naturel. Le volume sonore doit certes être contrôlé pour que chacun puisse entendre son interlocuteur mais la « libération de la parole » est forcément bruyante.

 

La langue de communication en classe

Selon le niveau de classe, cela nécessite aussi de mettre en place, pour prendre l’exemple du cours d’anglais, un class room English précis, et de plus en plus riche au fur et à mesure du déroulement des séquences. Il faut donner aux élèves les outils qui leur permettront de communiquer lors des phases de travail en autonomie. En anglais par exemple, il convient d’introduire très tôt des expressions comme : What do you mean? Can you repeat? I don’t agree. It’s a good idea. Let’s do this

 

Traitement de l’erreur

L’objectif de cette disposition en îlots est d’avoir la communication la plus fluide possible entre élèves. Il est évident que, lorsqu’ils sont en autonomie, de nombreuses erreurs de langue vont apparaître. Certaines de ces erreurs peuvent être traitées en amont dans le cadre des objectifs linguistiques de la séquence mais il en restera forcément.

Le professeur doit rester attentif mais ne doit pas interrompre la communication sous peine de décourager les bonnes volontés. Il faudra donc, lorsque le professeur circule entre les groupes, un subtil dosage pour aider, corriger les erreurs sur des faits de langue vus en amont ou tout simplement laisser passer lorsque ces erreurs n’empêchent pas de faire du sens. On pourra aussi prendre des notes et revenir sur certaines erreurs avec le groupe concerné à la fin de la leçon.

L’objectif phonologique ne doit bien sûr pas être négligé car il est souvent prépondérant dans ce type d’activité orale. On pourra donc faire précéder les travaux de groupes par des activités portant sur des phénomènes phonologiques précis selon les objectifs visés par la suite (par exemple l’accentuation ou la prononciation de certains phonèmes en anglais).

 

Les consignes

Les consignes peuvent être identiques pour tous les îlots ou différentes selon les objectifs visés (voir exemples ci-dessous). Elles doivent être claires et précises afin que, une fois en autonomie, chaque groupe puisse effectuer la tâche demandée.

 

Les supports

De même pour les supports : on pourra faire travailler sur des supports différents ou sur un même document avec des tâches différentes (voir exemples ci-dessous).

 

Évaluation

Ce système introduit la notion d’évaluation de l’équipe puisqu’il est ici question de travail collaboratif. On pourra également évaluer l’aptitude des élèves à s’écouter, à reprendre la parole, à rebondir sur les interventions des camarades.

Il sera donc conseillé, lors de ces séances, d’évaluer le groupe plutôt qu’un élève individuellement. La notion d’équipe en sera renforcée et les élèves les plus en difficulté seront ainsi plus valorisés.

 

Exemples d’activités

  •  Compréhension et expression écrite

On distribue des recettes de cuisine différentes (une par îlot) en compréhension de l’écrit et il est demandé aux élèves de lister les ingrédients, les quantités, les actions de chaque recette. On travaillera aussi sur la notion de quantité et la préparation de questions : how much, how many, how long ….

Une fois cette première étape terminée et validée par le professeur (qui circule d’îlot en îlot), les équipes s’interrogeront les unes après les autres pour rédiger la recette d’une autre équipe.

Par exemple :

What are the ingredients in your recipe?

How much sugar do you put?

How long do you cook the meat?

On voit qu’on crée ainsi un véritable déficit d’information et un véritable besoin qui mène les élèves vers une communication authentique.

Cette activité peut également être menée en CO car il existe de nombreuses vidéos montrant la réalisation de recettes (usage de la baladodiffusion MP4) et cela pourra constituer un entraînement très ludique à la compréhension de l’oral.

Le travail en îlots peut être mis en place à différents niveaux, de la 6e à la 2de avec des supports plus ou moins complexes.Pour les classes de 1re et Te, on peut envisager le même type de démarche à partir de biographies de personnages célèbres. Il s’agira alors de retrouver les dates importantes dans la vie de ces personnages, les faits majeurs de leurs vies, leurs réussites ou leurs échecs, les raisons de leur célébrité …

 

  •  Jeu de devinette

C’est une activité plutôt réservé à des classes de 6e et 5e, voire 4e.

À la fin d’une séquence liée aux lieux célèbres de Londres, on demandera à chaque groupe de rédiger la définition d’un de ces lieux qu’ils auront découverts auparavant (attribué par le professeur).

Les définitions seront ensuite lues, il s’agira pour les autres groupes de deviner de quel lieu il s’agit. Exemple :

This is the place where the Queen lives.

This is a famous museum.

On peut aussi envisager de faire poser des questions pour trouver ces lieux.

Le même genre d’activité peut être mis en place à partir de personnages célèbres.

 

  •  Production écrite (de la 6e à la Tle)

Si telle est la tâche finale de la séquence, on pourra faire rédiger un paragraphe, un récit ou un poème par les différentes équipes. Ces productions seront ensuite lues et la meilleure récompensée.

 

  •  Production orale

On pourra aussi faire jouer des saynètes ou des scènes de la vie courante (situations dans un restaurant, un magasin, un musée …) préparées par îlot avec là encore le choix de la meilleure production.

 

  •  Compréhension orale et écrite (de la 6e à la Tle)

D’autre part, on pourra faire une mise en place classique de ces deux activités langagières (repérages, classements, mises en relation …) avec, non pas un travail individuel d’exploration du support, mais un travail collectif où l’entraide et l’échange seront prépondérants. On impliquera ainsi davantage les élèves en difficulté aidés par leurs camarades.

 

Marc Roussel

IA-IPR d’anglais honoraire, auteur des manuels Connect 6e, 5e, 4e, 3e (Hachette), New Connect 4e (Hachette), Jump to it 6e (Hatier) et Skylight Tle (Hachette).